Il y a une question que beaucoup de parents se posent, parfois sans la formuler explicitement.
Est-ce que ce que nous transmettons aujourd’hui aux enfants sera encore utile demain ?
La transmission aux enfants ne se limite plus aujourd’hui à des savoirs ou à des règles fixes.
Le monde change vite.
Les outils évoluent.
L’intelligence artificielle progresse.
Les repères, eux, deviennent moins stables.
Dans ce contexte, transmettre uniquement des connaissances ne suffit plus.
Ce que les enfants apprennent aujourd’hui peut devenir obsolète.
Mais, la manière dont ils apprennent, pensent et réagissent, elle, reste déterminante.
La vraie question n’est donc pas :
que doivent-ils savoir ?
Mais plutôt :
Comment doivent-ils se tenir face à un monde incertain ?
C’est cette transmission-là — plus discrète, mais plus durable — qui fait la différence.
1. La capacité à penser avant de demander
Les enfants d’aujourd’hui auront toujours une réponse à portée de main.
Un moteur de recherche, une IA, un assistant capable de produire un texte ou une solution en quelques secondes.
Le vrai enjeu n’est donc pas l’accès à l’information.
C’est la capacité à penser avant de déléguer.
Des travaux récents sur l’usage de l’IA générative montrent un phénomène clair :
Les outils augmentent fortement la productivité, mais pas toujours la compréhension profonde.
On peut produire plus vite, sans avoir réellement structuré sa pensée.
Transmettre cette capacité à réfléchir en amont, à formuler un raisonnement personnel — même imparfait — est une forme de protection invisible.
Un enfant qui sait penser sans assistance n’est jamais dépassé par un outil.
Il choisit quand s’appuyer dessus.
2. Le rapport sain à l’effort
Nous avons, collectivement, transmis une idée dangereuse :
Si c’est ardu, c’est que ce n’est pas fait pour nous.
Or, comprendre, structurer, apprendre vraiment demande souvent :
- Il existe de l’inconfort,
- de la lenteur,
- des erreurs.
Le cerveau n’aime pas l’effort prolongé, mais il aime le sentiment d’avoir compris.
L’effort n’est pas un problème en soi.
L’effort qui est vide de sens est problématique.
Transmettre le goût de l’effort calme, sans pression de performance, c’est offrir à un enfant une ressource durable.
Dans un monde instable, ceux qui tiennent ne sont pas toujours les plus brillants.
Ce sont souvent ceux qui savent rester là quand ça résiste.
3. La capacité à ralentir
Ralentir est devenu presque contre-culturel.
Tout incite à accélérer :
- les contenus,
- les notifications,
- les décisions.
Pourtant, la lenteur est une compétence cognitive majeure.
Elle permet d’observer, de hiérarchiser, de ne pas confondre urgence et importance.
Lorsque les outils remplacent l’effort actif et l’attention soutenue,
certaines fonctions essentielles — comme la concentration — s’entretiennent moins.
Transmettre la capacité à ralentir, ce n’est pas refuser la technologie.
C’est apprendre à ne pas être emporté par elle.
Dans le quotidien, cette posture se traduit aussi par des choix concrets.
Nous abordons ce sujet plus en détail dans Comment occuper son jeune enfant, sans écran, quand on travaille ?
4. Le discernement face aux idées
Nous n’avons jamais été aussi exposés à des opinions et des certitudes.
Pourtant, rarement aussi peu entraînés à les questionner.
Transmettre le discernement, c’est apprendre à un enfant que :
- ce qui est convaincant n’est pas toujours vrai,
- une idée peut être séduisante et biaisée,
- changer d’avis n’est pas une faiblesse.
L’accès immédiat aux réponses crée souvent une illusion de compréhension.
On croit maîtriser un sujet sans en avoir exploré la structure.
Pour approfondir les bases (attention, mémoire, cognition),
le dossier de l’Institut du Cerveau offre un repère simple et fiable.
5. La stabilité intérieure
Le monde extérieur sera instable.
C’est un fait.
La seule chose que nous pouvons réellement transmettre, c’est une certaine stabilité intérieure :
- observer ses émotions,
- ne pas réagir immédiatement,
- garder un minimum de calme dans l’incertitude.
Ce n’est pas une mode.
C’est une hygiène mentale essentielle.
6. L’humilité intellectuelle
Dans un monde où les outils « savent » beaucoup,
Le risque est de confondre accès au savoir et compréhension réelle.
- comprendre prend du temps,
- se tromper fait partie du processus,
- Poser une question pertinente vaut parfois mieux qu’une réponse rapide.
7. La responsabilité personnelle dans la transmission aux enfants
Enfin, il y a une transmission souvent silencieuse, mais décisive :
celle de la responsabilité personnelle.
Dans un monde instable, il sera toujours tentant d’accuser :
- le système,
- la technologie,
- le contexte.
Mais, il reste toujours une part de choix :
- dans l’attention que l’on accorde,
- dans l’effort que l’on fournit,
- dans les valeurs que l’on cultive.
Pour aller plus loin
Certaines réflexions appellent à être approfondies.
Les deux ouvrages ci-dessous prolongent directement
les notions abordées ici :
le discernement face aux idées,
et la stabilité intérieure dans un monde instable.
- The Righteous Mind – Jonathan Haidt
Pour comprendre pourquoi nous pensons ce que nous pensons
et pourquoi le désaccord est devenu si difficile.
- Méditations – Marc Aurèle
Un texte intemporel pour cultiver une stabilité intérieure
quand le monde extérieur devient instable.
Conclusion
Dans un monde instable, la transmission aux enfants devient moins une affaire de connaissances que de stabilité intérieure.
Nous ignorons à quoi ressemblera le monde dans vingt ans.
Personne ne le sait vraiment.
Mais, certaines choses traversent le temps.
- réfléchir avant de demander,
- rester attentif sans être constamment stimulé,
- fournir un effort sans se décourager,
- garder un minimum de calme quand tout bouge autour.
Un enfant qui possède cela ne sera pas dépendant des outils.
Il ne sera pas perdu face au changement.
Il saura s’adapter.
C’est cela, la transmission essentielle.
Pas une accumulation de savoirs.
Mais, une manière d’être au monde.
Le reste s’apprendra.

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